Georges PeRec
Déposez vos lectures !
Ce pli de sombre dentelle, qui retient l’infini tissé par mille,
chacun selon le fil ou prolongement ignoré son SecRet,
assemble des entrelacs distants où dort un luxe à inventorier,
stryge, nœud, feuillages et présenter.
Avec le rien de mystère, indispensable, qui DeMeure, exprimé, quelque peu.
Mallarmé « L’Action restreinte »
BiEn sûr bien sûr VoUs me DirEz...
Aragon
Pablo Neruda
MOI J'AI TOUJOURS PEUR DU VENT
Me voici
Mes poches
BouRrées de cailloux
Pour ReSter avec vous
Ne pas m'EnvoLer dans les arbres
Paul Vincensini
Il y a des ChOses..
I plant my HanDs in the small garden
MATURITE
FiNie la pulpe douce de l'inconscience
Tout crépite de bon sens
Puis s'éteint an par an.
Denise Jallais
Ces NuiTs t'en souviens tu quand la nuit nous recouvre
la nuit qui vient du coeur et n'a pas de MaTin
Aragon
Il est de ces coïncidences qui, sans émouvoir les PaYsages,
ont cependant plus d'importance que les digues et les phares,
que la paix des frontières et le calme de la nature
dans les solitudes désertiques à l'heure où passent les explorateurs.
R. DESNOS
"Je vous en supplie :
le Monde recommence Il faut épanouir l'oreille
L'oreille c'est l'épouse de l'air
Le grand orgue des peupliers soutient le mot d'ordre des passereaux
L'arc-en-ciel diadème la terre Les hommes se hèlent
Ils détiennent les clefs flexibles de la MeR et le volant du vent du large
Et soyez les bienvenus, gens des éToiLes qui naviguez dans notre azur
Regardez Le beau sang monte à l'abordage
Tout est frêre."
(à Gérard Philipe, jusqu'à la suprême pulsation du monde)
Henri Pichette
"Effacé avant d'être écrit.
Si le mot trace peut être accueilli,
c'est comme l'index qui indiquerait comme raturé ce qui ne fut pourtant jamais tracé.
Toute notre écriture — à tous et si elle est jamais écriture de tous — serait ainsi :
le souci de ce qui ne fut jamais écrit au présent,
mais dans un passé à venir."
Je ne dors pas GeOrgIa
Vous parler ? Non. Je ne peux pas.
Je préfère souffrir comme une plante,
Comme l'oiseau qui ne dit rien sur le tilleul.
Ils attendent. C'est bien. Puisqu'ils ne sont pas las
D'attendre, j'attendrai, de cette même attente.
Ils souffrent seuls. On doit apprendre à souffrir seul.
Je ne veux pas d'indifférents prêts à sourire
Ni d'amis gémissants. Que nul ne vienne.
La plante ne dit rien. L'OiSeau se tait. Que dire ?
Cette douleur est seule au monde, quoi qu'on veuille.
Elle n'est pas celle des autres, c'est la mienne.
Une feuille a son mal qu'ignore l'autre feuille.
Et le mal de l'oiseau, l'autre oiseau n'en sait rien.
Sabine Sicaud
J'ai mal à ma rapière
Mais j' le dirai jamais
J'ai mal à mon bédane
Mais j'le dirai jamais
J'ai mal à mes cardans
J'ai mal à mes graisseurs
J'ai mal à ma BaDiOle
J'ai mal à ma sacoche
Mais j' le dirai jamais, là
Mais j' le dirai JaMais.
Boris ViAn
« Tant de gens pensent à moi que je n'ai presque plus besoin d'exister MainTenant »
H. Guibert
Je viens de LoIn.
J'ai vu les villes avec leurs cimetières les morts qui manifestaient
moi j'embrassais Bernard sur la bouche dans les chiottes du Canon de la NaTion
je viens de loin avec mon ami Essenine.
Les hommes je les ai vus se battre humilier torturer ricaner appeler leurs mères FeMmes enfants couvées
J'ai pris part J'ai manifesté avec ceux de la Havane et d'Alger
J'ai vendu l' Huma eu FroId peur envie de trahir de me reposer.
J'ai trahi, me suis allongé pour ne rien entendre des hurlements des loups des machines et des hommes.
Je VieNs de loin.
Elles m'ont fait mal avec leurs seins-mensonges leurs petites dents mais je n'ai fait pleurer personne
Personne ne me lavera les pieds
Je voulais être noir juif et pédéraste mais je ne suis qu'un homme ordinaire.
C'est cela, communiste et désespéré.
Franck Venaille
Ce jour là QuelQu'un...
Je connais le désespoir dans ses grandes lignes.Le désespoir n'a pas d'ailes,il ne se tient pas nécessairement à une table desservie sur une terrasse, le soir, au bord de la mer.C'est le désespoir et ce n'est pas le retour d'une quantité de petits faitscomme des graines qui quittent à la nuit tombante un sillon pour un autre.Ce n'est pas la mousse sur une pierre ou le verre à boire.C'est un bateau criblé de neige, si vous voulez,comme les oiseaux qui tombent et leur sang n'a pas la moindre épaisseur.
Je connais le désespoir dans ses grandes lignes.Une forme très petite, délimitée par un bijou de ChEveux.C'est le désespoir.Un collier de perles pour lequel on ne saurait trouver de fermoir et dont l'existence ne tient pas même à un fil,voilà le DéSesPoir.
Le reste, nous n'en parlons pas.Nous n'avons pas fini de désespérer, si nous commençons.Moi je désespère de l'abat-jour vers quatre heures,je désespère de l'éventail vers minuit,je désespère de la cigarette des condamnés.Je connais le désespoir dans ses grandes lignes.Le désespoir n'a pas de cœur,la main reste toujours au désespoir hors d'haleine,au désespoir dont les glaces ne nous disent jamais s'il est mort.Je vis de ce désespoir qui m'enchante.J'aime cette mouche bleue qui vole dans le ciel à l'heure où les étoiles chantonnent.Je connais dans ses grandes lignes le désespoir aux longs étonnements grêles,le désespoir de la fierté, le désespoir de la colère.
Je me lève chaque JoUr comme tout le monde et je détends les bras sur un papier à fleurs,je ne me souviens de rien,et c'est toujours avec désespoir que je découvre les beaux ArBres déracinés de la nuit.
L'air de la chambre est beau comme des baguettes de tambour.Il fait un temps de temps.Je connais le désespoir dans ses grandes lignes.C'est comme le vent du rideau qui me tend la perche.A-t-on idée d'un désespoir pareil!Au feu !Ah ! ils vont encore venir... Et les annonces de journal, et les réclames lumineuses le long du canal.Tas de sable, espèce de tas de sable !Dans ses grandes lignes le désespoir n'a pas d'importance.C'est une corvée d'arbres qui va encore faire une forêt,c'est une corvée d'étoiles qui va encore faire un jour de moins,c'est une corvée de jours de moins qui va encore faire ma vie.
Se SouVenir de Marcel Thiry
Je suis en RouTe...
Noir, le voile
Noire, la bouche close.
Noir, l'écran. Entre la mère et le fils, entre l'amante
et l'amant, entre le frère et la soeur,
entre la femme et l'homme. Noir, noir, noir.
Noir, le drap de mort où ils t'emmurent vive.
Noir, le pubis qui a vu naître leurs idées noires.
Noire, la bête que tu es dans leur tête noire de haine.
Noire, la tombe où tomba leur humanité.
Noires, leurs mains.
Noir sur noir, ma lettre, mes mots que tu ne peux pas
voir, pas dire, et que tu renvoies pourtant, papillons
noirs d'avant l'instant où l'on devient aveugle.
Je t'en supplie, garde dans ta chambre noire la lumière
qu'ils ont perdue et dont ils auront besoin, un matin.
Alina Reyes
Les mains des AmanTes d'antan
Quand je ne PeNse pas à toi, je pense à toi.
Quand je parle d'autre chose, je parle de toi,
Quand je marche au hasard, j'avance vers toi.
Je quitte les livres où tu n'entres pas.
Je jette les poèmes qui ne trouvent pas tes lèvres.
J'efface les tableaux qui n'attirent pas tes yeux.
J'éteins les chansons qui n'éveillent pas ta voix.
André Velter
Charlotte Delbo
Pour votre regard, Helène que je ne connais pas.
CoMment...
EcouTe ...
ECOUTE dit la maman à sa petite fille
Tout le bien tellurique qui donne du mouvement au sang au dessus ou dessous
s'il glisse tu fais semblant de ne t'apercevoir de rien rien que des mots et dans l'ordre suivant :
ruissellement des eaux raccords possibles repose du pont sur la chaussée.
Anne Portugal
Et un sourire
La nuit n'est jamais complète. Il y a toujours, puisque je le dis, Puisque je l'affirme, Au bout du chagrin Une fenêtre ouverte, Une fenêtre éclairée, Il y a toujours un rêve qui veille, Désir à combler, faim à satisfaire, Un coeur généreux, Une main tendue, une main ouverte, Des yeux attentifs, Une vie, la vie à se partager.
Paul Eluard
Red makes wrong / Here not there
Il y a dans l'idée que rien au monde n'est assez unique pour ne pas pouvoir entrer dans une LiSte,
quelque chose d'exaltant et de terrifiant à la fois / Georges Perec Penser/Classer
Francis Picabia
"Viens me voir"
avait-il dit
en oubliant d'ajouter :
"Aime moi"
mais de l'amour nous avons peur,
nous aimerions mieux nous envoler pour la lune
que de prononcer trop tôt les paroles qu'il faut.
(Louis Philippe,Youri Gagarine)
Peu de personnes comprennent le caractère purement subjectif du phénomène qu'est l'amour,
et la sorte de création que c'est d'une personne supplémentaire,
distincte de celle qui porte le même nom dans le monde,
et dont la plupart des éléments sont tirés de nous-mêmes.
Aussi, y a t il peu de gens qui puissent trouver naturelles les proportions énormes
que finit par prendre pour nous un être qui n'est pas le même que celui qu'ils voient.
Marcel Proust « A l'ombre des jeunes filles en fleurs »
Amants, heureux amants, voulez-vous voyager ?
Que ce soit aux rives prochaines ;
Soyez-vous l'un à l'autre un monde toujours beau,
Toujours divers, toujours nouveau ;
Tenez-vous lieu de tout, comptez pour rien le reste ;
J'ai quelquefois aimé ! je n'aurais pas alors
Contre le Louvre et ses trésors,
Contre le firmament et sa voûte céleste,
Changé les bois, changé les lieux
Honorés par les pas, éclairés par les yeux
De l'aimable et jeune Bergère
Pour qui, sous le fils de Cythère,
Je servis, engagé par mes premiers serments.
Hélas ! quand reviendront de semblables moments ?
Faut-il que tant d'objets si doux et si charmants
Me laissent vivre au gré de mon âme inquiète ?
Ah ! si mon coeur osait encor se renflammer !
Ne sentirai-je plus de charme qui m'arrête ?
Ai-je passé le temps d'aimer ?
(Les deux pigeons - Jean de la Fontaine)
Love Song I
Un peu de gris un peu de pluie
et c'en est déjà presque trop
il faut chanter si bas pour t'endormir
Circé au bord des larmes
Frêle et fragile comme tu l'es
parfois je me demande
d'où te viennent ces larges richesses d'ombre
et dans quels jeux silencieux tu t'égares
avec cette soie dévidée dans le noir
sans doute ne sais -tu pas toi-même
pour quelle lumière inconcevable
tu as préparé tant de nuit
Auberge aveugle du chagrin
ouverte et jamais pleine
mon beau bémol
ma douce haine
ton secret, tes couloirs
tes veines
où j'habite et retiens ma voix
Nicolas Bouvier 1965
Avec des pas d'arpenteur Avec des lunettes d'astronome Avec des insomnies d'alchimiste Avec des bottes d'explorateur Avec une seule mesure d'homme S'étourdir de démesure Vaincre à l'InFinitif
Car, à la vérité, si je compare tout le reste de ma vie, quoique avec la grâce de Dieu je l'aie passée douce, aisée, et, sauf la perte d'un tel ami, exempte d'affliction pesante, pleine de tranquillité d'esprit, ayant pris en paiement mes commodités naturelles et originelles sans en rechercher d'autres; si je la compare, dis-je, toute, aux quatre années qu'il m'a été donné de jouir de la douce compagnie et société de ce personnage, ce n'est que fumée, ce n'est qu'une nuit obscure et ennuyeuse. Depuis le jour que je le perdis, je ne fais que traîner languissant; et les plaisirs mêmes qui s'offrent à moi, au lieu de me consoler, me redoublent le regret de sa perte. Nous étions à moitié de tout, il me semble que je lui dérobe sa part. J'étais déjà si fait et accoutumé à être deuxième partout qu'il me semble n'être plus qu'à demi. Il n'est action ou imagination où je ne le trouve à dire comme si eût-il bien fait à moi. Car, de même qu'il me surpassait d'une distance infinie en toute autre suffisance et vertu, aussi faisait-il au devoir de l'amitié. (Michel de MONTAIGNE)
LiRe Franck Venaille